la représentation actuelle avec tout l’ensemble de nos perceptions, et surtout avec les plus récentes, pour voir si elle est en rapport avec ces dernières. Par exemple, si j’ai maintenant dans l’esprit l’image de mon appartement A Paris, et trois minutes après l’image du port de Marseille, je n’aurai pas l’illusion que je suis A Marseille Mais, si j’ai le souvenir que j’ai quitté mon appartement, que j’ai pris le train à la gare de Lyon, que j’ai passé vingt heures en chemin de fer, tout cela rapproché des raisons que j’ai eues de partir, du souvenir de la résolution prise, etc., je croirai sans hésiter que la représentation que j’ai actuellement du port de Marseille est une vraie perception, et que je suis effectivement A Marseille Ainsi, qu’il s’agisse de souvenirs ou de perceptions, c’est bien la liaison des images qui seule nous garantit que nous ne sommes pas fiction ni dans le rêve.
- Localisation dans le passé. — Une troisième condition est encore nécessaire A remplir pour qu’un souvenir soit aussi complet cl aussi parfait que possible : c’est la localisation dans le passé. En effet, reconnaître un souvenir c’est simplement le projeter dans le passé d’une manière indéterminée, et sans chercher A lui assigner une date. Si donc nous n’allions plus loin que la reconnaissance, l’ordre réel des événements, qui est un ordre successif, nous échapperait. Il faut, par conséquent, pour que nous retrouvions dans notre mémoire l’expression de la réalité et de la vie, que nous puissions localiser nos souvenirs dans le passé en les y plaçant chacun à leur rang.
On distingue deux formes de la localisation, l’une immédiate, l’autre médiate
La première consiste dans lo sentiment plus ou moins exact que l’on a du temps écoulé depuis un événement donné. Par exemple, quand on est dans un salon, on sait que le moment de se retirer est venu-, sans avoir besoin pour cela de regarder à sa montre ou à la pendule Ce genre do localisation se fait par une révision rapide de la série totale des étals de conscience par lesquels on a passé depuis celui A partir duquel on mesure le temps écoulé. L’appréciation obtenue par ce moyen est approximative et incertaine, parce quo, nécessairement, bon nombre des termes de la série ne nous reviennent plus en mémoire. Du reste, si un oubli partiel du passé est inévitable, il est aussi très nécessaire, car nous serions fort gênés si, pour remonter au souvenir d’un événement donné, nous étions obligés de passer A nouveau par toute la série des états
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de conscience qui nous séparent de celui-là. Ainsi, pour pouvoir localiser dans le passé, et même pour pouvoir se souvenir, il faut pouvoir oublier. L’oubli abrège les distances à la fois dans le temps et dans l’espace, et à ce titre il est nécessaire pour l’exercice de la mémoire.
Quant A la localisation médiate, elle se fait autrement. 11 y a dans la vie publique d’une nation, et dans la vie privée de chaque individu, un certain nombre d’événements importants qui portent avec eux le souvenir de leur date On sait en quelle année a eu lieu la dernière on quelle année on s’est marié, etc. Si l’on peut rattacher l’événement qu’il s’agit de localiser A quelqu’un de ces événements dont la date est connue, la localisation des premiers dans le passé est faite par même. Si ce rattachement ne peut avoir lieu, nous sommes réduits A ignorer la date de l’événement considéré.
- Spécialisation et qualités diverses de la mémoire. — La mémoire étant en fait, sinon purement organique, du moins très étroitement dépendante de l’organisme, varie beaucoup d’homme A homme, et surtout elle est susceptible de se diversifier beaucoup en raison de la différence des aptitudes organiques que nous apportons en naissant. Aussi peut-on dire avec M. Hibot qu’il y a, non pas la mémoire, mais des mémoires. De ce point de vue il y aune première division A établir les hommes, fondée sur que les uns ont plutôt la mémoire des choses abstraites et des idées, et les autres celles des choses concrètes et des images sensibles. Mais la diversité des aptitudes va plus loin encore ; mémoire des idées abstraites n’est pas la même chez le mathématicien, chez le philosophe, chez le naturaliste; et la mémoire sensible peut porter principalement sur les couleurs, ou sur les sons, ou sur les qualités tactiles, etc. C’est ce qui fait que certains naissent avec des aptitudes particulières pour la peinture, pour la musique ou pour la poésie La spécialisation peut môme aller plus loin encore. Par exemple, parmi ceux qui possèdent A un haut degré la mémoire visuelle, il en est qui perçoivent surtout les formes des objets, les couleurs. Les premiers sont aptes A faire des dessinateurs,’ les autres sont plutôt des coloristes.
Los conditions quo doit remplir la mémoire pour être bonne sont facile, tenace et prompte. La facilité se rapporte A l’acquisition des souvenirs, la ténacité A la conservation des souvenirs,*
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et la promptitude A leur rappel. Ces trois qualités sont rarement réunies. faciles sont rarement tenaces. Celui qui a appris sans effort court grand risque d’oublier. Celui, au contraire, qui a réfléchi en apprenant est A peu près sur de pouvoir se souvenir plus tard, parce qu’il reconstituera avec la réflexion les idées qu’une fois la réflexion a coordonnées dans son esprit.