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Ajoutons que, l’intensité de nos impressions n’étant jamais que relative, il faut, si l’on veut retrouver un souvenir, écarter toutes les images qui pourraient faire obstacle A celle que l’on cherche, et surtout les images qui sont du même ordre sensoriel, parce que ce sont celles dont l’antagonisme est le plus A craindre. Par exemple, on se rappellera mal un air de musique si l’on entend jouer ou chanter un air différent. En général, toutes les impressions vives actuelles nuisent A la reviviscence des souvenirs. Les souvenirs sont des étals faibles qui, dit M. Babier, sont comme les étoiles, lesquelles ne peuvent apparaître qu’après que le soleil a disparu de l’horizon.

Méconnaissance des souvenirs. — La reproduction d’un état de conscience antérieur n’est pas, comme on l’a dit déjà, le seul élément que comporte le souvenir. En fait, nous ne nous souvenons vraiment que lorsque nous conscience que nous nous souvenons, c’est-à-dire lorsque le souvenir est reconnu par nous en tant que tel. Se souvenir ce n’est pas seulement revoir, par exemple, en esprit ce qu’on a vu autrefois de ses yeux, c’est pouvoir dire encore : Je l’ai vu. Lorsque le souvenir manque A cette condition, il n’est proprement qu’une réminiscence.

Pour que nous puissions reconnaître nos souvenirs, deux conditions sont nécessaires. La première, c’est que nous ayons l’idée du temps. En effet, reconnaître un souvenir, c’est projeter dans le passé le fait qu’on représente actuellement. Or comment dans le passé l’image présente à notre esprit si nous n’avions pas l’idée du passé, c’est-A-dire l’idée du temps? La seconde condition c’est l’identité du moi, ou plutôt le sentiment que nous avons de celle identité. En effet, pour (pie nous puissions dire : Je me souviens d’avoir vu ou entendu, il faut que nous ayons sentiment très vif et net que c’est un seul et même moi qui a vu ou entendu autrefois, et qui maintenant se souvient. D’où nous viennent ces deux idées? Evidemment, de la conscience En effet,’la seule durée dont nous ayons le sentiment immédiat de notre et si nous pouvons connaître la durée des choses extérieures, c’est A la condition de durer nous-mêmes. La durée des

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phénomènes hors de nous a pour mesure, par rapport A nous, la série des impressions qu’ils nous font éprouver. C’est donc bien de la conscience que nous vient l’idée de la durée, ce qui n’empêche pas d’ailleurs qu’il y ait en nous, comme on le verra plus tard, une idée métaphysique du temps dont l’origine est tout autre. Pour ce qui est de l’idée de l’identité du moi, il est clair qu’elle a même origine que l’idée du moi, laquelle, comme on sait, vient de la conscience Avocat meaux droit pénal quoi l’on peut ajouter que ces deux idées en réalité n’en font qu’une, attendu que le sentiment que nous avons de durer implique le sentiment de notre identité personnelle A travers le cours du temps, et réciproquement; de sorte que c’est au fond une seule et même chose d’avoir l’idée du temps et d’avoir l’idée de son identité personnelle Quant A la réalité même de l’identité de notre personne A travers la durée, nous n’essayerons pas d’en rendre compte, parce qu’il faudrait pour cela faire appel A des considérations d’ordre métaphysique qui ne seraient pas ici A leur place

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